mardi 10 janvier 2017

« Nigeru wa Haji da ga Yaku ni Tatsu », une tendre et touchante danse

Nigeru wa Haji da ga Yaku ni Tatsu (逃げるは恥だが役に立つ ou We married as a job!) est un j-drama, adapté d’un manga du même nom de Umino Tsunami, qui a rencontré au cours de l’automne 2016 un petit succès au Japon. L’audience a été en constante augmentation jusqu’à atteindre 20% dans la région de Kanto lors de la diffusion du tout dernier épisode (sur 11 épisodes) sur la TBS. Il faut reconnaître que cette comédie romantique que j’ai dévorée ces derniers jours a beaucoup de qualités ; NigeHaji (la version courte du titre que je continuerai à utiliser ici) est pour moi un beau coup-de-cœur.


Résumé : Mikuri Moriyama a 25 ans, elle n’a ni petit-ami, ni emploi malgré son diplôme d’étude supérieure. Ne supportant plus de la voir déprimer, son père lui trouve un emploi de femme de ménage. Elle se retrouve donc à travailler chez Hiramasa Tsuzaki, 35 ans, célibataire et employé d’une grande entreprise. Mais une série d'événements les amèneront à se marier. (Icotaku)

Le résumé parle de mariage, mais il s’agit d’un mariage de circonstance et non d’amour, un mariage… professionnel (ce n’est pas tellement un spoil, c’est dans le premier épisode) ; il faudrait d’ailleurs plus parler d’un Pacs si on utilise un terme français (ce parallèle est même mentionné à une reprise dans la série). Une union peu commune qu’il faudra cacher à tout le monde. L’originalité de la série repose sur cet élément déclencheur plutôt original.

Commençons par le principal, et pas le moindre pour une comédie romantique : la force de ce drama, c’est évidemment son duo, son couple. C’est lui qui porte presque toute la série. Évidemment, dès le début, après leur rencontre puis cette demande en mariage, on comprend que ça va très rapidement évoluer. Et, franchement, je sais que je suis friand de ce genre de relation, mais le couple Mikuri et Hiramasa est totalement adorable. J’ai adoré les suivre, les voir se découvrir, à apprendre à connaître l’autre et ses maladresses. À apprendre à s’aimer tout simplement. Dans ce type de drama axé romance (en mettant les « dramas dramatiques » de côté), ce couple fait clairement partie de mon top 5, voire top 3. 


Je découvrais totalement Hoshino Gen (en tant qu’acteur) qui joue Hiramasa. J’étais au début un peu sceptique avec son personnage que je craignais être sans trop de relief, ah, et ce geste mécanique pour remonter les lunettes qui est souvent lassant dans les séries. Il avait à mes yeux plus le profil de chanteur que d’acteur (un chouette artiste par ailleurs). Et, au final, il m’a bien vraiment surpris et je me suis attaché à Hiramasa qui derrière sa faible estime de soi, ses (très fréquentes) maladresses surtout liées à son inexpérience est une personne vraie, profondément gentille et honnête – quand il arrive à exprimer ce qu’il ressent. La clé pour cela, pour qu’il se dévoile, c’est bien évidemment Mikuri et ses propositions des plus étranges.
Mikuri est jouée par la douce Aragaki Yui. Elle est juste parfaite pour ce type de rôle. Son visage respire de gentillesse et de tendresse. Elle réussit même à donner une certaine force et présence à son personnage qui, parfois malgré elle, réussit à faire céder des barrières. Alors oui, proposer un tel mariage comme travail rémunéré, c’est farfelu, mais ça fait partie du personnage de Mikuri, étrange, maladroite elle aussi – en fait, il se ressemble beaucoup tous les deux sur ce point – mais vraiment adorable et sincère.

Un point que j’ai fortement apprécié : l’axe scénaristique choisi pour la construction de la relation. Mikuri était le moteur, l’élément déclencheur, Hiramasa celui qui devait apprendre, comprendre, évoluer (sauf vers la fin). Mikuri change beaucoup, plus son amour évolue, mais c’est bien Hiramasa qu’on découvre, qui se découvre. Autre point positif : l’absence de rival. C’est une facilité scénaristique récurrente dans ce genre de romance ; on pense que ce sera encore le cas ici, mais non, la possibilité envisagée est balayée d’un revers de main assez rapidement. Tant mieux. Pareil, on nous évite intelligemment le drame conjugal après un épisode précis dans l’entreprise d’Hiramasa, vers la fin de la série ; il est utilisé à bon escient.

Le devenir de Mikuri et Hiramasa dépend seulement d’eux deux, s’ils parviennent chacun et ensemble à se construire comme un vrai couple, en apprenant à maîtriser leurs sentiments et s’aimer simplement. C’est bête dit ainsi, ça paraît évident, mais la force de NigeHaji s’est de parvenir à cela, doucement, par étapes successives, des étapes certes très étranges, mais délicatement et joliment. C’est ce qui rend ce couple d’autant plus adorable ! Je ne compte pas les scènes romantiques que j’ai adorées.

L’humour est quant à lui correctement dosé. On ne tombe pas dans le burlesque. On s’amuse plus des aventures peu communes de ce couple peu ordinaire, que de gags successifs qui masqueraient le scénario principal. Le but n’est pas de nous faire rire pour simplement rire, mais bien pour suivre avec bonne humeur la construction peu commune de l’amour entre Mikuri et Hiramasa. Et pour cela, j’ai adoré NigeHaji, j’ai adoré le couple Mikuri-Hiramasa.


Je me suis longuement étendu sur Mikuri et Hiramasa, mais on retrouve aussi tout un ensemble de personnages plutôt sympathiques. Parmi les plus importants, on peut nommer Yuri (jouée par Ishida Yuriko), la tante de Mikuri, qui tient pour elle le rôle de modèle et un peu de « nourrice ». Yassan (jouée par Mano Erina), l’amie de Mikuri, sa confidente.
Du côté de Hiramasa, on a ses collègues de travail qui ont des personnalités très différentes mais complémentaires : Kazami (joué par Otani Ryohei), un type assez sûr de lui et franc ; Numata (joué par Furuta Arata), le doyen du groupe, curieux, observateur mais qui a tendance aussi à se faire des films ; et Hino (joué par Fujii Takashi), le bon collègue rigolo et sympathique, l’archétype du gentil mari et bon père de famille. Il y a d’autres personnages (notamment les parents), mais la série tourne essentiellement autour du duo principal et, secondairement, de Yuri et Kazami. Si le casting est somme toute assez limité, ce n’est pas un défaut ; l’essentiel est là et chaque acteur tient bien son rôle et ils savent chacun alterner correctement les moments drôles, sérieux, voire touchant. Kazami est à ce titre de plus en plus intéressant.

Ce drama pose également des questions intéressantes sur la place de la femme dans la société japonaise. Les critiques sont plutôt diluées, mais les différents personnages féminins permettent de dresser un tableau de plusieurs cas de figure : Yassan, l’amie de Mikuri, est une jeune mère qui vient tout juste de divorcer, elle se retrouve seule pour élever son enfant et doit travailler pour cela. La mère de Mikuri est le bon exemple de la mère au foyer, mais un passage (plutôt marrant et bien ficelé) dans la série traite justement de la question de la place de son mari. Yuri est une femme de 49 ans célibataire, sans enfants et qui privilégie avant tout sa carrière dans une entreprise où elle doit faire face à hiérarchie très masculine. Mikuri est à cheval entre tout ça : même si c’est étrange comme situation, elle est au départ une employée, mais elle joue pour cela le rôle de femme au foyer. Il y a pas mal de dialogues autour de cette question de la place de la femme, dans la famille, le foyer, la société ou au travail. On loue alors le statut de la femme qui reste à la maison pour le bonheur de sa famille, mais parallèlement on félicite aussi celle qui souhaite travailler et se faire une place dans un monde professionnel très masculin. Il y a un certain jeu d’équilibre que je trouve très japonais : poser plus ou moins discrètement des questions, mais tout en évitant la polémique et en restant très policé.

Pour conclure, NigeHaji est pour moi une excellente série qui parvient à renouveler en douceur et avec le sourire le genre de la comédie romantique avec un duo – Mikuri et Haramasa – particulièrement attachant et différent des couples habituels, servi par deux très bons acteurs, Aragaki Yui et Hoshino Gen. Si j’ai découvert le second, cette série confirme mon affection pour Aragaki Yui qui excelle dans ce genre de rôle. J’ai quand même envie de mentionner pour finir la Koidance (dance de l’amour) basée sur le générique de la série (chanté par Hoshino Gen), avec sa chorégraphie plutôt rigolote sur une chanson qui colle parfaitement au drama. Il y a beaucoup de vidéo sur internet sur cette musique qui a eu un véritable succès auprès du public japonais. Si vous ne connaissez pas NigeHaji et que vous aimez les comédies romantiques, essayez, vous ne serez certainement pas déçus !

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