mercredi 28 décembre 2011

« Smile », une histoire de justice et d’amour.


Je vais sans doute pas mal écrire ici car il y a beaucoup à dire quand même, sur la série elle-même mais aussi sur des messages qu’elle a voulu transmettre. Du coup, je vais essayer de ne pas trop spoiler l’histoire. Cette série en question : « Smile » (qui au final passera donc avant d’autres billets que j’avais prévus), il a été diffusé en 2009.

Vu que je n’ai pas trouvé un résumé en français potable (et que je suis très mauvais pour en faire un), ce sera celui-là :
« Hayakawa Vito has a Filipino father and a Japanese mother, but he was born and raised in Japan and has never visited the Philippines. The ever-smiling Vito works at Machimura Foods during the day, and at night, he works a part-time job trying to make his dreams come true. One day during an incident at a book store, he meets a girl named Mishima Hana, who lost her ability to speak due to an accident. But even though she can't speak, Vito is drawn to her beautiful smile. However, Vito becomes wrongly suspected by the police for a crime, and after meeting the lawyer Kazuma, the issue begins to grow... Together, Vito, Hana, and Kazuma will go through challenging times and have to overcome many obstacles.  »
Wikipedia
J’ai bien aimé le choix pour raconter cette histoire. Nous sommes en fait en 2015, cinq années après la condamnation de Vito. Kazuma son avocat lui rend régulièrement visite et, accompagné du gardien de prison, ils revisitent ensemble le passé à travers de longs flashbacks, toutes les péripéties mais aussi les mésaventures qu’ils ont traversées et qui ont amené Vito en prison. Ces retours dans le passé sont bien réussis car chacun d’entre eux apporte son lot d’informations et de questions ; à chaque fois que l’on se retrouve dans le parloir avec eux, avec de nouvelles interrogations, l’envie de savoir ce qui s’est passé ensuite est vraiment forte. La tension est omniprésente mais paradoxalement cette série n’est pas du genre à nous faire déprimer (enfin si un peu quand même parfois) mais disons que le titre même du drama en dit beaucoup : « smile », sourire. La série, malgré l’histoire qui pourrait mal s’y prêter, apporte un message optimiste. « C’est une histoire d’amour et de justice d’un homme qui a vécu sa vie héroïquement », c’est la phrase qui revient à chaque épisode.

Aragaki Yui est, à mes yeux, la meilleure actrice dans Smile. Je l’avais vu jouer auparavant seulement dans My Boss My Hero, autant dire qu’elle m’avait alors beaucoup déçu même s’il faut reconnaître que son personnage de lycéenne ne la mettait pas vraiment en valeur. Ici, j’ai donc redécouvert une actrice vraiment douée, d’autant plus que ce n’était pas forcément un rôle très évident à interpréter : Hana, son personnage, elle est muette. Elle a perdu sa voix à cause d’un traumatisme dans sa jeunesse. Son attachement pour Vito peut paraître au début un peu exagéré, mais en apprenant à connaître Hana, on comprend mieux ce qui les rapproche, et petit à petit une véritable relation (même si elle est parsemée d’embûches) se noue.


Vito est joué par Matsumoto Jun (que je connaissais avant par Hana Yori Dango, autant dire qu’on est très loin de cette comédie lycéenne avec Smile). Il est assez complexe, tiraillé au plus profond de lui par ce qu’il a vécu, ce qu’il a été et ce qu’il aimerait devenir – reste qu’il est toujours souriant, en se pensant qu’avec, les choses au final ne pourront que bien se terminer. Tout ce qui lui arrive est cruellement injuste, victime d’un racisme latent à son encontre dans la société, victime de son passé, victime des erreurs qu’il a fait, on ne peut seulement lui souhaiter que son sourire soit récompenser. C’est quelqu’un de bon, de profondément bon.
La relation entre Hana et Vito est un des éléments qui m’a le plus séduit dans Smile, cette façon de se comprendre, de s’aider, de se protéger ; si leur couple semblait au début un peu irréaliste, étrange, très rapidement, je me suis pris d’affection pour ces deux là.


Le troisième personnage central de ce drama est joué par Nakai Kiichi, dans le rôle de l’avocat Itô Kazuma. Il apporte beaucoup à la série, on sent l’acteur, le personnage réellement impliqué dans l’histoire ; c’est un homme à l’esprit vif mais aussi victime de ses propres désillusions, sa rencontre avec Vito et ses proches va l’amener à beaucoup changer et à se redécouvrir. Epris de justice et d’affection pour Vito et les siens, il va s’impliquer bien au-delà de ce que ferait un simple avocat.

Je ne peux pas revenir sur chaque personnage, mais ce sont vraiment eux trois – et ce sont les principaux – qui se démarquent le plus dans le casting. Oguri Shun a tout de même de son coté réussi à rendre bien détestable son personnage.

Ce qui m’a le plus surpris dans cette série est sûrement quelques thèmes qui étaient abordés, surtout deux : le racisme au Japon et, secondairement, la question de la peine de mort.

C’est le premier qui est vraiment au cœur du drama. Si on s’intéresse un minimum au Japon d’aujourd’hui, on lit très vite des choses sur cette facette qui n’est peut-être pas la plus glorifiante pour ce pays. Au Japon, l’étranger – en prenant le terme dans son sens très général – ne serait pas si bien vu. Je n’ai pas envie de faire de jugement, qui plus est, serait mal venu, je ne suis jamais allé au Japon, je ne connais pas personnellement de Japonais et ce que je connais de ce pays, c’est par l’intermédiaire de produit de sa (sous-/) culture comme le manga (mais aussi par son histoire évidemment – je reste historien de formation).
Vito est japonais, il est né au Japon, a grandi au Japon, il parle parfaitement japonais, cependant son père était philippin et cela se voit chez lui physiquement. De ce fait, depuis son plus jeune âge, il a subi des critiques, des attaques plus ou moins directes liées à ses origines familiales. Dans les sous-titrages, c’était souvent traduit par « préjugé », je ne connais pas le mot japonais pour « racisme », mais c’était bien ça ici.
Après, il faut faire la part des choses, il y a ce qu’on pourrait vraiment appeler le racisme, c'est-à-dire des personnes qui ont une véritable haine envers l’étranger, celui qui est différent, le personnage qui illustre le plus cela dans Smile, c’est l’inspecteur de police, Furuse, c’est un vrai salaud pour ne pas mâcher mes mots.
Après, il y a des comportements qui sont, là, plus à rapprocher du préjugé, ce sont des choses qui se retrouvent partout, chez tout le monde, même sans doute chez vous qui lisaient actuellement ce billet, moi-même à coup-sûr, il faut le reconnaître ; ce sont des réflexions anodines que l’on peut faire, des expressions du langage, des associations d’idées (en France, Roms = voyous, pour un exemple qui parle bien). De par notre éducation, de par la culture dans laquelle nous grandissons, nous nous n’en rendons pas toujours compte. Ces exemples de préjugés dans la société, dans ce drama, les exemples sont si nombreux qu’il serait impossible d’en faire la liste. Je citerai juste Vito qui, au début de la série, se fait contrôler ses papiers seulement parce que sa couleur de peau est légèrement différente, faut-il alors penser que le policier à ce moment est raciste ? Non, seulement, il vit avec des préjugés, mais il faut aussi lutter contre eux.
En cela, je vois le drama comme une critique de cet aspect dans la société japonaise. Juste pour exemple, la question de la minorité coréenne dans ce pays est évoquée ; il y avait une critique du fait que le Japon a plus ou moins du mal à tolérer cette présence, ce qui est difficilement acceptable, mais aussi une critique du fait que des Japonais d’origine coréenne, par leur comportement, ne favoriseraient peut être pas toujours leur intégration.

Lorsque la question de la peine de mort a été mise en avant, forcement, ça m’a fait réagir. J’ai été parcouru de frissons à plus d’un moment dès qu’on en parlait et encore plus à un moment fatidique vers la fin du drama. J’ai vu également du coup cette série avec mon regard français. Je suis fondamentalement hostile à la peine de mort, qu’importe la personne aussi détestable soit-elle, qu’importe son crime aussi grave soit-il. De ce fait, je préfère être prudent et ne pas faire de jugement hâtif.
Un des arguments pour cela (mais ce n’est pas le seul), le risque de condamner un innocent, est présent dans ce cas. Pourtant, il ne faut pas faire de raccourci trop rapide, si en filigrane, la série amène à se poser des questions sur cette sentence fatale, elle ne la remet pas vraiment en question. Aucun, ou presque (il y a quand même eu une intervention dans ce sens lors de la délibération), personnage de la série a dit à un moment « la peine de mort, c’est mal ». Ce drama est japonais, la peine de mort est un élément de la justice japonaise et celle-ci n'est pas remise en question. Au contraire, même Kazuma plaide sur le fait seulement que le cas en question ne mérite pas la peine de mort. Dans Smile, si celle-ci n’est pas remise vraiment en question, certains éléments montrent quand même que les producteurs de la série ont voulu mettre en avant quelques problèmes qui y sont liés (la possible condamnation d’innocents comme je disais). Après, devant son écran de télévision, comment un Japonais aurait pu voir cela, réagir à cela ? C’est une question que je trouve intéressante.

Malgré de belles musiques, l'ost n'est pas vraiment marquant.
L'opening encore moins.

C’est la première fois qu’un drama me fait avoir autant de réactions sur des questions de société, c’est peut être aussi ça qui m’a marqué dans cette série : elle a su soulever des problèmes qui existent au Japon (et même plus largement dans le monde). C’était de ce fait très intéressant d’avoir ce regard sur ce pays ; Smile a été réalisé et joué par des Japonais, c’est donc leur vision de ces questions qu’on avait, et ça, j’ai aimé.


Après, la série en elle-même – au-delà de ce que je viens de dire – est aussi plutôt bien réussi. Il faut souligner ce choix de narration très bien utilisé. Le suspens était préservé ainsi que la curiosité, en plus, étant un spectateur qui connait la vérité, c’était extrêmement rageant de voir comment les choses tournaient. Aragaki Yui, en jouant Hana, a été je trouve excellente : elle a réussi à jouer un personnage sensible, courageux et émouvant. Matsumoto Jun, en jouant Vito, a su montrer les qualités et les défauts de son personnage renforçant ainsi d’autant plus l’attache qu’on pourrait avoir avec lui. Nakai Kiichi, en jouant l’avocat Kazuma, par l’évolution de son personnage, de sa relation avec les autres protagonistes a apporté beaucoup à la série. Je n'ai aucun gros reproche à faire.
Quand sur le net je vois les récompenses de cette série, je me dis qu’aimer cette série peut se justifier :
• 61st Television Drama Academy Awards : Best Supporting Actress - Aragaki Yui
• 13th Nikkan Sports Drama Grand Prix (Spring 2009) : Best Drama
• 13th Nikkan Sports Drama Grand Prix (Spring 2009) : Best Actor - Matsumoto Jun
• 13th Nikkan Sports Drama Grand Prix (Spring 2009) : Best Supporting Actor - Nakai Kiichi
• 13th Nikkan Sports Drama Grand Prix (Spring 2009) : Best Supporting Actress - Aragaki Yui
J’aurais encore plein de choses à dire, sur des passages qui m’ont marqué voir bouleversé, notamment lors de la dernière partie avec le procès, mais je ne veux pas retirer le plaisir de la découverte à ceux qui n’ont pas encore vu Smile. J’ai aimé cette série pour sa belle histoire, mais aussi pour les messages que ce drama a voulu transmettre. S’il n’est pas mon préféré, c’est sans doute un des mieux réalisés et un des plus intéressants que j’ai pu voir jusqu’ici. A regarder sans hésiter !

3 commentaires:

  1. J'avais adoré ce drama et j'ai un peu l'impression qu'il a été boudé par pas mal de monde, ça me fait donc vraiment plaisir de lire ton billet et de voir que tu l'as vraiment apprécié !
    Comme tu le dis si bien, il soulève de très importantes questions de société. J'ai lu que la fin devait au départ être moins bonne, si tu vois ce que je veux dire, mais qu'elle a été changée à cause des protestations des téléspectateurs (le scénariste n'est plus le même pour les deux derniers épisodes !). Comme quoi, c'est dur de voir la vérité en face et de remettre en cause tout un système.
    J'ai trouvé le drama également très intéressant dans son évocation des jurys populaires, qui venaient juste d'être mis en place au Japon au moment de sa diffusion.
    Bref, il y a énormément de choses à dire ! J'ai également trouvé qu'Aragaki Yui s'en sortait vraiment bien, et je pense que c'est une de mes jeunes actrices préférées. Si tu veux la voir dans une comédie, je te conseille Papa to musume no nanokakan, qui est franchement drôle ^^.

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  2. Si la fin avait été moins bonne... La série elle-même aurait eu une portée totalement différente. Bah, bah... :o
    D'ac', je ne savais pas pour les jurys populaires. C'est vrai que dans la façon dont c'était présenté, il y avait pas mal de pédagogie envers le spectateur.
    Je note pour la série que tu me conseilles.

    Merci pour ton commentaire. :)

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  3. bien envie de le voir dans un avenir proche celui là!
    merci pour cette découverte ^^

    Ivenpast

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